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Voici la carte du Tibet
 
Témoignage
 
Dharamsala, en mars.
Le village abrite la plus vaste communauté tibétaine en exil.
Dharamsala recueille aussi ceux qui ont été maltraités par le régime chinois. Gu-Chu-Sum, une association aidant les anciens réfugiés politiques, compte aujourd'hui 400 membres. 
Une autre organisation, destinée aux "survivants de la torture", apporte une aide matérielle et psychologique à plus de 500 personnes.
Ama Adhe, 76 ans, dont 27 passés dans les geôles chinoises, est à elle seule le résumé de plus de cinquante ans de lutte tibétaine.
Deux longues nattes nouées derrière la tête, vêtue d'une tunique traditionnelle couleur pourpre, le regard brouillé par de grosses lunettes, elle raconte une vie massacrée par la politique.
Emprisonnée en 1958 pour avoir nourri des combattants indépendantistes tibétains, Ama Adhe s'est retrouvée enfermée avec 300 autres femmes.
Elle avait 26 ans, était veuve, avait un petit garçon de 4 ans et un bébé de 4 mois.
Vingt-sept ans plus tard, elle a été relâchée avec les trois seules autres survivantes de la prison.
"Elles s'occupaient des cochons, se souvient Ama. Elles ont survécu parce qu'elles mangeaient la nourriture des bêtes.
Moi, je priais." Toutes les autres sont mortes de faim, après avoir épuisé le cuir de leurs chaussures.
Ou bien ont succombé aux sévices des gardes chinois: "Ils nous pendaient par les bras jusqu'à ce que nous nous évanouissions.
Parfois, ils nous plantaient des aiguilles sous les ongles.
" Elle montre l'ongle de son majeur, sur lequel se dessine encore une ligne boursouflée dans le sens de la longueur.
Ama Adhe est à Dharamsala depuis dix-neuf ans: elle avait juré à ses compagnes d'infortune d'aller raconter au dalaï-lama les malheurs subis par ses compatriotes sous le joug chinois. Comme la plupart des Tibétains de Dharamsala, elle se sent investie d'un devoir de témoignage, seul instrument de lutte pour la cause de ses "frères" restés au Tibet.
"Je vais bientôt mourir, conclut-elle en s'extirpant péniblement de son fauteuil.
Mais il faut que cette histoire survive."